Saisir le paysage sur le vif

Les carnets de croquis sont un outil non négligeable pour celui qui s’intéresse à l’apparition du paysage dans la peinture à la Renaissance. En effet, ceux-ci sont considérés comme le recueil des tracés réalisés par les peintres. Ces croquis de paysage sont réalisés de manière spontanée, voire instantanée, parfois même dans la nature, à l’extérieur de l’atelier. Le peintre croque donc ce qu’il a sous les yeux pour ensuite le reproduire au mieux sur sa toile. Que ce soit un élément principal ou secondaire de sa réalisation, on note l’importance accordée à l’imitation de cette nature.

On peut prendre l’exemple de Léonard de Vinci. En effet, lorsqu’il séjourne dans les Marches et la Romagne pour inspecter les territoires nouvellement conquis, il en profite pour reporter sur son carnet les paysages qu’il a en face des yeux. On a aujourd’hui des croquis de forteresses, de canaux, des plans ou des cartes des villes. Il remplit donc ses carnets de ses nombreuses observations prises sur le vif. Un de ses premier dessin connu est Le Paysage de la vallée de l’Arno ,  de 1473, conservé au musée des Offices de Florence :

Léonard de Vinci, 1473, musée des Offices de Florence

Cette vue est telle qu’on la trouve dans le fond de nombreuses  peintures florentines de l’époque. On peut y voir l’intérêt de l’artiste pour les phénomènes naturels : fleuves, lacs, plantes.

Cependant, il semble qu’au XVIème siècle les artistes peignant des paysages ou réalisant des croquis d’après nature ont été accusé d’espionnage. Le paysage est donc une nouvelle donnée esthétique en plein essor mais aussi un enjeu stratégique et militaire. On peut se souvenir de l’anecdote concernant le peintre Livio del Riccio s’installe en haut d’une colline dominant la forteresse médicéenne de Castrocaro pour y dessiner le paysage. Il se fait arrêter par un groupe de gendarmes qui lui confisquent ses croquis. On lui demande sur l’ordre de qui il a dessiné ce paysage, et à quoi va lui servir son croquis. Il leur répond alors qu’il veut s’en servir, comme il est d’usage chez les peintres, c’est-à-dire en arrière-plan d’une peinture. Au travers de cette anecdote, on comprend aisément que l’art du paysage est encore seulement à son commencement, et n’est pas encore compris et accepté à la Renaissance. Les peintres ne tracent encore que les rudiments des traits qui composent le paysage sur leur carnet de dessin. Cela explique le caractère encore artificiel des paysages dans la peinture, par exemple Le baptème des néophytes (1426-27) de Massacio, fresque (255×162 cm), dans la chapelle Brancacci, à Santa Maria del Carmine (Florence). Pourtant, on peut dire que l’intérêt porté au paysage commence à prendre son essor.

Hermine Renoul

Sources :

CHAMBON Gilles http://erewhon.free.fr/paysageurbaindanspeinturelt.pdf, [consulté le 10 avril 2015]